Urupia

Urupia, une commune libertaire du Salento

Produits : produits de boulangerie

Comune Urupia
Postadresse: Casella Postale 29, 74020 San Marzano di San Guiseppe ( TA )
mail: comune.urupia@gmail.com
Internetseite: Urupias Webseite

Le projet Urupia a vu le jour au début des années 1990 à la suite d’une rencontre entre un groupe de Salentin·es – à l’époque presque tous·tes rédacteur·ices de la revue Senza Patria – et quelques « militant·es » d’origine allemande issus de la gauche radicale en Allemagne.
Pendant trois ans, il y a eu des séminaires, des échanges de lettres, des rencontres, des débats, un processus d’apprentissage mutuel, de clarification des objectifs et du contenu du projet, de définition des méthodes organisationnelles, des perspectives économiques, des possibilités politiques, etc.

Le coup d'envoi officiel du projet a été donné en 1995 avec l'acquisition de quelques bâtiments ruraux et d'environ 24 hectares de terres à Francavilla Fontana, dans le Salento, à mi-chemin entre Brindisi et Tarente.
La masseria – comme on appelle les fermes à la campagne – et les terres ont été achetées grâce aux moyens financiers (limités) des membres de la communauté et à diverses contributions, prêts et dons de coopérateur·ices italien·nes et allemand·es. La propriété de ces biens a été transférée à l’association Urupia, une personne morale à but non lucratif créée spécialement dans le but de soustraire la propriété juridique des biens et des moyens de production de la communauté à la propriété privée.

La commune d'Urupia est ainsi devenue une réalité : ses principes fondateurs sont avant tout l'absence de propriété privée et le principe du consensus, c'est-à-dire l'unanimité dans la prise de décision. Ces « points de consensus » sont adoptés avec la conviction qu’une véritable égalité politique ne peut être atteinte dans aucun contexte social sans le fondement de l’égalité économique, et ils sont la conséquence logique de la volonté de faire de l’individu, de son autonomie et de son bonheur le fondement de tout développement social.

Au printemps 1995, Urupia a entrepris la rénovation des bâtiments – près de 2 000 mètres carrés de maçonnerie couverte – et la remise en état des terres de la commune, qui étaient toutes deux dans un état d'abandon avancé depuis des années.
Depuis lors, tous les systèmes de base ont été mis en place : eau, électricité, gaz, chauffage, une installation pilote pour la station d'épuration végétale, deux systèmes solaires pour la production d'eau chaude et un réseau dense de canalisations pour l'irrigation des cultures sur le terrain. Plusieurs pièces d’habitation ont été rénovées, tout comme de nombreuses infrastructures de la vie quotidienne : cuisine, salles de bains, débarras, fours, plusieurs ateliers, hangars à outils, un espace aménagé pour les hôtes estivaux, une salle pour le stockage et la vente d’huile, une nouvelle cave à vin, un hangar dédié aux activités sociales et culturelles…

Presque toutes les terres sont exploitées, d'autres ont été acquises ou sont en cours d'exploitation : plus de 15 hectares d'oliveraies pour la plupart centenaires, trois hectares et demi de vignobles, un hectare de potager, des terres arables, des vergers, etc., soit au total environ 30 hectares. Des milliers de nouveaux plants ont été mis en terre.

Certains ont dit qu’il y avait « trop de travail » à Urupia. En effet, quand on regarde autour de soi et qu’on a été ici au moins une fois au début, on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression d’une activité énorme, fervente et sans fin, qui a complètement transformé l’aspect de cet endroit en à peine plus de 10 ans. Mais le travail à Urupia ne se limite pas à celui des chantiers ou des champs : des milliers d’heures de réunion ont façonné notre vie et nos décisions et nous ont apporté, à travers le dialogue, une plus grande conscience et une plus grande liberté concernant pratiquement tout : nos limites et nos rêves, la garde des enfants et l’utilisation des voitures, la guerre dans les mille coins du monde et l’élevage, notre consommation et les ressources de la planète, l’oppression politique et économique et nos relations sociales…

Il est difficile aujourd’hui, après plus de vingt ans d’existence, de décrire ce qu’est la commune d’Urupia ; difficile de donner ne serait-ce qu’une vague idée des innombrables activités – politiques, sociales, professionnelles, économiques – menées depuis 1995 par les centaines de personnes qui ont animé ce laboratoire social de l’utopie. Selon la vision des communard·es qui ont lancé le projet, la commune devait incarner la réalisation concrète d’une utopie libertaire : la possibilité d’atteindre, par le travail et l’action collective, un haut degré d’autosuffisance économique, de liberté politique et de solidarité sociale, en abolissant toute forme de hiérarchie, qu’elle soit liée à la propriété ou au genre, qu’elle soit d’ordre physique ou intellectuel. Urupia devait être un laboratoire quotidien d’autogestion, permettant à la fois le développement maximal des possibilités individuelles et la négation maximale des lois du marché, le respect de la diversité humaine et la résistance contre les lois du privilège et du profit ; la démonstration concrète de la possibilité d’un mode de vie individuel et collectif qui, en soi, nie autant que possible les injustices du système dominant.

Il est difficile de dire dans quelle mesure nous y sommes parvenu·es, et ce n'est peut-être pas non plus notre rôle. Loin de penser que nous avons ne serait-ce qu'approché ces idéaux, nous vivons au quotidien en ayant conscience de la difficulté du chemin vers une véritable autogestion : les conflits permanents entre le privé et le collectif, la réapparition constante de mécanismes de délégation commodes et de hiérarchies informelles ambiguës, la difficulté d’atteindre une véritable égalité entre les sexes et une relation de collaboration sereine et efficace entre hommes et femmes, l’imposition des pires lois de l’économie – toutes ces contradictions nous montrent le chemin qu’il nous reste à parcourir et à quel point ce chemin est difficile.

Des contradictions auxquelles nous ne voulons toutefois pas échapper en nous retranchant simplement derrière un « purisme » naïf, hypocrite et rigide. Une chose est sûre : ces dernières années, il n’y a pas eu une seule critique – ni suggestion, ni conseil, ni objection – que nous n’ayons sérieusement prise en considération et débattue, aussi brutale ou confuse qu’elle ait pu être formulée. Nous avons toujours été convaincus du caractère expérimental de notre projet et avons toujours cru que c’est avant tout dans nos propres esprits et nos cœurs que nous devons chercher les voies d’un changement social sincère et authentique.

On pourrait donc aussi voir Urupia comme un croisement d’expériences et d’idées, comme un théâtre de la souffrance et des sentiments, des espoirs et de l’amour, de la colère et de l’incertitude ; une petite – mais quotidienne, continue – représentation d’une quête personnelle et collective d’un monde meilleur, plus libre et plus juste, dans lequel il serait temps que nous commencions à vivre, nous qui empoisonnons notre sang pour ce monde répugnant que nous devons supporter.